Maman ? A qui ou à quoi penses tu ?
Là , c'était au repas de NOËL 2013 , à la maison de retraite .
Depuis un an , tout a changé , je ne te reconnais plus . Dans quel monde glisses -tu ?
Ce poème , que j'ai trouvé sur le blog de PHOTOEM , traduit bien le désarroi ( partagé )que je ressens lorsque je vais te rendre visite , et que je constate que tu t'en vas ,inexorablement , vers un monde ,où bientôt je n'aurai plus accès !
A ma Maman !!
A quoi penses -tu maman?
Où es-tu maintenant ?
Où sont passés tes fous-rires ?
A peine as-tu un souvenir ,
Qu'il s'évanouit ,en paroles inachevées
Ou en confusions dispersées .
Ces questions , je les garde pour moi
Elles ne font qu'ajouter du désarroi.
Alors ,il nous reste l' immédiateté ,
Vivre l'instant présent instantané
Des parties rigolotes de dominos
Ou haletante de petits chevaux .
Tu mets le double trois sur un six
-<< Ben oui , deux fois trois six !! >>
Tu avances des dadas les miens ,
Tu oublies la couleurs des tiens .
Parfois une ancienne chanson
Eclaire tes yeux avec émotion
Et nous la reprenons en choeur
Pour éloigner la sourde peur
De l'Alzheimer qui répand sa brume
Tes souvenirs sont des plumes
Qui s'envolent dans le vent
Lentement , inexorablement .
Et j'ajouterai
Tu ne sais plus écrire ,même plus signer ton nom! Les mots ont des difficultés à sortir de ta bouche , et lorsque tu le peux ,les phrases sont incohérentes !! Tu t'en rends compte ,çà t'agace et çà rajoute encore plus au mal être dans lequel tu vis ,et moi j'éprouve une peine immense et de l'impuissance face à ton état . Un voile de brouillard de plus en plus épais vient obscurcir tes prunelles vertes , tandis que de la ouate vient obstruer tes conduits auditifs . Les sons que tu ouïs ,et les mots que tu distingues ,se transforment dans ton cerveau perturbé ,en des catastrophes imaginaires et inimaginables ,surtout envers moi et te font peur à en pleurer . TU fais des cauchemars toutes les nuits et lorsque tu te réveilles ,tu ne sais plus où tu es , et tu n'as plus la faculté de distinguer le rêve et la réalité .Te voilà ,bientôt plongée vivante dans le néant .
Tu te crois persécutée , et que tout le monde " subtilise " tes " affaires ".
Tu me dis souvent que tu veux mourir ,puisque ce n'est plus vivre ,mais survivre .
Mais, il te reste quelque chose qui te tient encore, c'est marcher et " travailler "( à ce propos ,tu nous as bien fait rire ,lorsque en consultation avec le gériatre, il y a quelques semaines celui-ci , t'a demandé si , tu t'ennuyais à la maison de retraite ) . Tu lui as répondu que oui , et quand il t'a demandé ce que tu voudrais faire de plus ,tu lui as dis << DU TRAVAIL >>. Tu ne tiens pas en place , TOUT,travaille en toi ,comme tu l'as toujours fait depuis l'âge de 12 ans . Du temps où nous vivions ensemble , je ne t'ai jamais vu prendre du plaisir à rester assise , il te fallait soit quelque chose à coudre où a tricoter dans les mains .
Pour moi aussi, c'est une période difficile , puisque je suis devenue " ta maman" et que parfois en te voyant agir comme mon enfant, j'ai envie de te gronder comme tel . Alors vite , je reprends ma place de fille , en pensant que si tu redeviens enfant ,tu as eu une vie d'adulte et tu es toujours ma mère ! Tu vas avoir 90 ans au printemps . Je sais bien que tu n'es pas éternelle ,et je veux profiter du temps qu'il te reste, en te donnant le plus de bonheur possible .
Voilà , ce n'est pas très gai ce que j'ai écrit ce soir , mais je pense à tous ceux qui sont atteint par cette maladie et à tous les aidants qui se trouvent parfois démunis face à la situation .
Pour m'aider , je rejoins en janvier , un groupe de paroles de FRANCE ALZHEIMER .
Et encore une fois merci à PHOTOEM.
Bonne fin de semaine . elvy